Qu'on soit acteur ou juste spectateur, le suicide est vraiment une saloperie.
En tant qu'acteur, j'ai tenté, avec la réussite qu'on peut voir, deux fois de m'épargner d'autres souffrances, et sérieusement bloqué sur le sujet deux autres fois.
La première fois, j'avais 16 ans. Un bon âge pour tenter cette expérience amusante.
Je redoublais pour la première fois et ça se passait plutôt mal au collège.
J'étais allé pour les vacances de la Toussaint chez mes grands-parents et ils m'ont accueilli plutôt durement par un "tu ne vas pas tripler ta troisième ?"[1].
Une nuit de nouvelle lune, j'ai pris un oreiller et suis parti m'allonger en plein milieu de la nationale passant à côté. Et j'ai attendu.
En deux heures de temps, pas une voiture n'est passée dans un sens comme dans l'autre. Je suis donc rentré, déçu, en me promettant de prendre une couverture si d'aventure ça me reprenait : la nuit en novembre, il bruine parfois et fait frisquet.
J'ai passé le reste de ces vacances inoubliables au fond de mon lit avec une crève carabinée.
J'ai su quelques jours plus tard que la nationale avait été fermée pour raison de réfection de chaussée.
La deuxième fois, j'ai pris mon vélo et ai emprunté le périphérique parisien. C'était impressionnant. Je devais avoir autour de 18 ans. Personne ne m'a arrêté, peu m'ont klaxonné. Les gens s'en foutent faut croire.
Le premier blocage, en avril 94. Pendant deux jours, j'ai fait un arrêt sur pensée sur une question débile : "est-ce un bien de ne pas avoir de fusil ?" Une litanie que je me suis répété à voix haute deux jours sans m'arrêter si on excepte l'épuisement qui fait le corps s'effondrer par intermittence.
Je n'ai toujours pas de réponse à cette question. Mais ce n'est pas un mal. Je m'en fous un peu.
La dernière fois, en octobre 2007. Il n'y a pas si longtemps. En ai profité pour rédiger le dernier billet. Non publié. Il est là, pour au cas où. Comme une sécurité, presque.
En tant que spectateur, j'ai été confronté une fois. Et, franchement, ce n'est pas une expérience agréable.
Comparativement, j'ai mieux vécu le meurtre de mon meilleur ami.
Ou alors, je savais déjà, un peu, à quoi m'en tenir.
Dans les deux cas, le sentiment qui prédomine est l'égoïsme. On ne pense qu'à soi, et rien de ce que pourraient tenter les autres ne peut intervenir dans la décision de partir ainsi. Les autres n'existent plus. Les autres ne peuvent comprendre simplement parce qu'il n'y a rien à comprendre. Toutes les justifications qu'on serait tenté d'élaborer ne peuvent être qu'inexactes : je ne connais personne capable de se mettre, réellement, à la place d'un autre.
Ce n'est pas un mal. C'est ainsi, et ça me semble très naturel et plutôt sain.
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