Voyeurisme imposé

Un des problèmes d'un immeuble mal ou peu isolé est qu'on est contraint d'être dans la position d'un voyeur. Et ça ne touche pas seulement au bruit.

Bien sûr on entend tout, mais surtout on assiste à tout.

Au lever du voisin aux aurores (sa conception de l'aurore : vers 15h puisque le petit déj au soleil ne peut se faire que quand le soleil arrive sur son balcon !), à sa visite aux toilettes (il vise l'eau, difficile de le rater), à ses essais artistiques, toujours le même air, pas terrible, à la guitare et en chantant... (il devrait prendre des cours mais ailleurs, pas dans son appartement non insonorisé), à ses soirées entre potes, etc.
On sait même quand il quitte son appart : les portes sont claquées, l'escalier descendu 4 à 4, comme un gamin de 12 ans, la porte de rue claquée (pas de jaloux) et le calme peut enfin revenir dans l'immeuble.
On sait qu'il va retrouver une fille parce que ça pue le parfum bon marché dans les communs...

On assiste à tout et comme des bruits manquent on s'adonne au petit jeu des déductions :

  • peu de bruits de tuyauterie, ne sait-il faire silence que quand il se lave ?
  • peu de bruits de vaisselle (hors repas entre potes où on se demande alors s'ils ne sont pas en train de démonter la cuisine ?!) et de préparation aux repas, se nourrit-il, cuisine-t-il ?
  • peu de bruits intimes... Ce qui tranche franchement avec sa coloc actuelle.

Elle, on ne peut pas la confondre. On sait qu'elle est là car ça commence par sonner à la porte de rue (ben oui, on entend aussi quand ça sonne chez le voisin, quand elle ne se gourre tout bonnement pas de sonnette et sonne chez nous) qu'elle claquera bien consciencieusement une fois franchie. Idem pour leur porte de palier. Et là, elle parle fort, FORT. La poissonnière. A n'importe quelle heure. Pour se prouver à elle-même qu'elle est vivante ?
Elle met la musique forte, FORTE. Pas longtemps, juste le temps de faire chier.
Elle jouit et ahane. Sans pudeur. Ça existe les gueulardes. Pas uniquement dans les films X.
Et ça parle FORT. Hier soir, tard, elle a parlé fort, alors j'ai gueulé "TA GUEULE" et on a entendu un "HEIN ? DE QUOI ?" avant d'obtenir le silence.

Et ça tousse. Continuellement. Ça cloppe, ça gueule, ça picole, ça pisse, ça tousse.

Et quand, parfois, ils ouvrent leurs fenêtres, l'odeur de bar/tabac des années avant Evin monte jusque chez nous... A gerber.

Des sauvages... C'est ainsi que les médiateurs de l'Office de la Tranquillité les ont qualifié quand ils sont venus nous voir. Édifiant et rassurant de constater qu'on ne fabule pas, le nez dans leurs bruits.

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