Il semblerait que j'ai hérité cette faculté de ma grand-mère paternel que l'odeur du poisson frit rendait nauséeuse.
Moi, ce sont les poubelles et les produits industriels. Et plus particulièrement les agrumes en décomposition et la lessive. Non seulement, j'éprouve un grand dégoût mais en plus ça me file la migraine, et quand on sait que je peux cumuler jusqu'à 4 jours non stop de migraine à me taper la tête contre les murs, on pourra facilement détecter dans les propos qui vont suivre un certain énervement...

Mon coloc est un adepte du sport de montagne, du grand air, et de la plongée sous-marine[1]. Bref, on pourrait s'attendre à ce qu'il apprécie les atmosphères épurées.

Eh bien, pas du tout.

Lors d'une de ses sorties, il a ramené une poubelle à pédale. Il était tout ravi de sa trouvaille... il y a deux semaines !
Il a bien essayé de me la fourguer pour la cuisine, mais comme il se proposait de la placer devant la porte donnant sur le balcon sur lequel je sors fumer mes clopes, j'ai dit non. C'est qu'il n'y a pas une surface démentielle côté cuisine.
Alors voilà mon coloc qui prend sa poubelle a pédale sous le bras et la remise dans sa chambre.
Fin du premier acte.

Un peu plus tard le jour même, en entrant dans la cuisine, j'ai eu la furieuse impression de m'être trompé de lieu. Une cuisine ? Vraiment ? Pas plutôt une foutue laverie ? Je repère vite-fait l'objet de mon dégoût et l'expulse illico du lieu en le remisant dans le couloir de l'entrée : faire revenir des oignons et ne sentir que la lessive, j'aime pas. Pour ma part, je privilégie autant que possible les produits ménagers verts. Primo, c'est moins crade pour l'environnement ; secundo, mes sinus ne sont pas agressés.
J'informe mon coloc que sa lessive puante a migré dans le couloir et celui-ci tombe des nues quand je lui dis que l'odeur me dérange.
Fin du deuxième acte.

Le lendemain, mon coloc fait sa première lessive. Cette fois-ci, c'est mon tour de tomber sur le cul : en passant dans la cuisine, j'entends un bruit bizarre, comme un truc qui peinerait. Je regarde le tambour du lave-linge et c'est bien ça. Je ne sais même pas comment cet abruti est parvenu à fermer le hublot mais le tambour ne tourne pas comme il le devrait en début de programme. C'est lent, on dirait que ça force. Bref, ça va pas le faire.
J'appelle le coloc et lui demande s'il a rempli le tambour en forçant. Il me dit "pas tant que ça". Et me voilà parti à la recherche de la notice du lave-linge, c'est que je n'ai jamais eu à l'arrêter en cours de route cette machine...
Je vidange et l'ouverture du hublot peut enfin se faire. Si je vous dis qu'il n'a pas fallu tirer sur la poignée pour que celui-ci s'ouvre en grand tout seul, vous me croyez ?
J'explique à l'ahuri que bourrer une machine ne sert à rien, si ce n'est à avoir du linge mouillé à peu près propre autour et du crade un peu mouillé à l'intérieur.
Fin du troisième acte.

Quelques jours plus tard, une odeur d'agrumes en phase de pourrissement certain s'annonce. Je fais le tour de la cuisine, rien, pas une clémentine ou un citron en faute. Pareil pour le salon, mais l'odeur se précise. Arrivé devant la porte de la chambre de mon coloc, le doute n'est plus permis. La pestilence vient bien de là ! Bien qu'il ne soit pas là, j'ouvre et constate que la fameuse poubelle est bien la fautive. Pleine à s'en faire péter le couvercle !
Arrivé à ce stade, je me demande comment lui demander s'il compte un jour faire le nécessaire. C'est que la diplomatie, c'est pas vraiment ma qualité première...

Je ne comprends même pas comment il parvient à dormir dans de telles effluves nauséabondes. Moi, ça fait deux jours que j'ai la nausée. Alors, quand il est parti ce matin à 6h30, je me suis levé, j'ai pris sa poubelle de merde et l'ai foutu sur le balcon !
Comme je suis passé par la cuisine, j'ai pu découvrir avec écœurement que la machine qu'il avait lancé dans la nuit était toujours pleine de ses frusques humides et que mon projet de faire mes propres lessives s'en trouvait un poil compliqué.
En passant dans le couloir de l'entrée, j'ai pris son putain de paquet de lessive immonde et l'ai foutu sur le palier, cette saloperie continue d'empuantir mes affaires.
Fin du quatrième acte.

Bref, tout ça pour dire que finalement, je n'ai pas eu le nez si fin que ça mais que dès son retour, je vais lui dire que cette colocation, ben, ça va pas le faire et que ça serait mieux qu'il cherche un autre lieu pour faire ses expériences... Parce que là, j'ai somnolé une petite heure et je suis très très colère !
Sur ce, je retente de dormir un peu : j'ai aéré en grand et mis de l'encens.

Notes

[1] à ce propos, me vient la réflexion un peu débile du pourquoi préciser "sous-marine" ? Quand on plonge, c'est forcément sous l'eau, non ?