Evidemment, il y a de quoi sourire tellement la situation est ridicule... Devoir s'enivrer pour parvenir à ce bien piètre résultat est risible. Surtout que l'effet produit ne correspond pas[1] à celui recherché. Mais il faut que je vous explique comment j'en suis arrivé là.

J'ai fait une rencontre. Enfin quand je dis "rencontre", ce n'est pas tout à fait exact. Disons qu'une femme est entrée dans mon cœur. Elle est belle à vous couper le souffle, c'est d'ailleurs pour cela que je suis devenu addict aux vapeurs pour ne pas y tomber à sa seule apparition !

D'autres soirs, tendant vers elle une rose rouge, je clame : « Ma muse / M'amuse / Mais m'use ».

Mais ça ne semble pas la faire réagir beaucoup plus. C'est tout juste si elle porte son regard vers moi lorsqu'elle évolue gracieusement de table en table.

Déjà deux mois que ça dure, deux mois que tous les soirs je suis fidèle au rendez-vous, deux mois que je tente de franchir la barrière qui nous sépare.

L'autre soir, elle m'est tombée dans les bras lorsqu'un gros lourdaud l'a bousculé, elle sentait divinement bon et m'a glissé un tout petit et charmant "Merci". Une pointe d'accent indéfinissable déformant délicieusement le mot[2]. Du russe peut-être ? Peut-être est-ce pour cela qu'elle feint de m'ignorer ?

Mais, je dois vous laisser, son heure d'entrer en scène arrive et la rater serait tout simplement péché !


Cinquième participation au Sablier - printemps 2008. Amorce de M. LeChieur.

Notes

[1] pour le moment, mais je garde bon espoir

[2] depuis d'ailleurs, je me le remémore avant de monter sur ma chaise, comme un mantra...