Fraîchement débarqué, j'avais vite déballé mes affaires, mes fringues dans la chambre, ce qu'il faut dans la salle de bain, et puis on était parti faire le tour du propriétaire avant de se concocter un petit repas de découverte. Bref, une soirée charmante qui augurait heureusement ce séjour dépaysant bien mérité.
Quand je suis allé me doucher le soir, j'ai bien trouvé qu'il y avait un truc bizarre... N'étant pas chez moi et ne connaissant que peu B. dans son élément, je ne me suis pas formalisé outre mesure. Bref, je suis allé me coucher et n'y ai plus pensé jusqu'au lendemain matin où B. m'a fait la réflexion qu'elle était "très à cheval sur la propreté" et qu'elle était étonnée par mes "manières". J'ai eu beau nier, j'ai bien vu qu'elle ne me croyait pas. Pour tout vous dire, j'étais pas loin de faire mes cliques et mes claques et repartir dans mes pénates...
La journée a été maussade, ça a jeté un froid entre nous. Ce n'était vraiment pas de bol parce qu'à part ça, on s'entendait super bien tous les deux...
Et puis le soir, rebelote ! Quand elle est sortie de la salle de bain et m'a rejoint à la cuisine, elle faisait franchement la gueule.
Autant je pouvais tabler sur un oubli le soir de mon arrivée, la fatigue, la fébrilité d'être avec elle chez elle, autant ce soir-là, j'avais bien fait attention de laisser la salle de bain nickel avant de lui faire un petit dîner !

Elle a commencé par me demander si je trouvais ça drôle d'avoir mis de la terre sur sa brosse à dents. Je peux vous dire que je suis tombé des nues ! Quelle idée j'aurai bien pu avoir de lui faire ça ? Evidemment, j'ai nié et pour lui prouver que je n'y étais pour rien, lui ai proposé qu'elle vienne faire une tournée d'inspection à chaque fois que je serai passé par la salle de bain. Elle a dit banco et on en est resté là. Mais l'ambiance était quand même plombée et ça me désolait franchement.

Le lendemain matin, c'est sur ma brosse à dents que j'ai trouvé de la terre. Et pas qu'un peu ! Et humide avec ça, humide-collant pour tout vous dire. Dégueu à souhait ! Et sur le sol, comme des traces de pattes. J'ai appelé B. et lui ai demandé si elle avait des animaux. Elle m'a répondu "oui, des chats, mais la maison leur est interdite". C'est à ce moment-là que j'ai eu comme un doute...
Le mystère restait entier mais mon honnêteté, à défaut de la salle de bain, lavée.

A l'issue du déjeuner, B. m'a proposé de faire une balade en forêt, on a chargé sa voiture et on est parti. Une fois hors de vue de sa maison, je lui ai demandé de s'arrêter et je lui ai fait part de mes doutes de la veille. On a rebroussé chemin à pied, on s'est planqué derrière un buisson et on a attendu... Oh ! Pas longtemps ! Moins de cinq minutes après, on a vu la chatière de la porte de la cuisine bouger et il est apparu. Il s'est dandiné jusqu'au potager, a foui la terre et s'en est retourné à la maison, un truc manifestement dans la gueule. On a attendu deux minutes et on s'est furtivement glissé dans la maison jusque devant la salle de bain. On a ouvert la porte et on a vu le coupable...

Alors j'ai dit "Nérichon, c'est la dernière fois que je t'emmène avec moi, tu me fous trop la honte !", il a sursauté et nous a servi cette bien pauvre excuse "la terre shur les limaches, ch'est pas nhygiénique et çha crisshe shous les dents".


Deuxième participation au Sablier - printemps 2008. Amorce de Matoo.