Toutes les autres ne pensaient qu'à manger. Il faut dire qu'il y avait de quoi sous ce pont : c'est fou ce que les gens peuvent jeter comme denrées encore bonnes à suçoter ! Quel gâchis ! Mais moi, non, j'adorais sauter sous ce pont avec les trains au-dessus en transit vers des destinations aussi exotiques que l'Espagne ou l'Italie, le sud de la France ou les contrées nordiques. C'était bien avant le ferroutage des camions. Je m'imaginais sauter à bord de l'un d'eux et partir à l'aventure... Mais bon, à l'époque j'étais alors encore trop attaché à mon bienfaiteur...

Lui, les trains, il s'en foutait complètement, seul comptait la solidité du pont, un abri contre les intempéries, un refuge en cas de descente des flics sociaux. C'est qu'il y en avait des cachettes entre les piles du pont. Il y faisait tellement sombre que même par temps clair et ensoleillé, personne ne pouvait nous voir alors que de notre côté, nous voyions tout.

Je pense que c'est ça qui lui a donné l'idée du pouvoir.

Bref, j'ai du quitter mon pont si adoré, le jour où mon bienfaiteur a voulu m'apprendre à sauter sur commande et faire du fric sur mon dos. Pourtant, on se rendait de mutuels services, mais ça ne lui suffisait plus. Bref, l'esclavage, très peu pour moi !

Depuis, j'ai monté un cirque itinérant et nous nous déplaçons à bord des trains, peut-être même roulent-ils sur le pont de mon enfance au cours de leurs voyages ?

Bon, je dois vous quitter, la piste me réclame. Et si vous voyez mon cirque dans votre village, venez donc me passer un petit bonjour, demandez Pupuce...


Deuxième participation au Sablier - automne 2007.