A 1h du matin, j'ai appelé SOS Médecin parce que j'en avais marre de me rouler par terre de douleur.
A 5h, le toubib n'ayant toujours pas pointé le bout de son gyrophare, le centre des SOS a requis l'envoi d'une ambulance (faut dire que sensørie a été persuasive, se débarrasser d'elle à coups de "le médecin est à dix minutes de chez vous", ça fonctionne une fois, pas 5 espacées de 20 minutes à chaque fois !) qui arriva vers 5h30 sans médecin à son bord et donc sans moyens de me soulager...
A 6h, les urgences du CHU de Rangueil nous accueillent et nous patientons derrière un accident de la route.
A 6h15, le temps prend une autre mesure, on me perfuse, on m'administre des anti-inflammatoires et un quart d'heure plus tard la morphine est injectée : je ne pense plus uniquement en terme de vengeance ou de supplices à faire subir au corps médical dans son ensemble, aux services d'urgence en particulier. En réalité, je ne pense plus. Du tout. Je suis une éponge : j'emmagasine les informations sans être en mesure de savoir quoi en faire et surtout sans être ennuyé le moins du monde de leur devenir. C'est reposant.
A 6h30, je passe un scan uro afin de déterminer taille et position de la petite saloperie qui a provoqué tout ce bordel. Il appert que ça se trouverait dans le Rhin, juste avant la sortie, direction un bled portant le nom de "La Vessie" et que ça taille autour de 4 à 5 mm. Je continue à ne rien comprendre, je plane c'est le bonheur.
A 7h, je suis admis, la tête devant sur un brancard, dans le service d'urologie, groggy, perfusé, bien loin de mes petites préoccupations de la veille. Surnage néanmoins un petit doute sur la satisfaction à tirer de tout ça en regard de mon objectif de décrochage initial, mais c'est vraiment léger...

Vers 18h, en apéritif du bon dîner qui tarde à venir, une infirmière vient me réveiller et me rappelle (me dit-elle) que je ne dois rien manger ni boire après minuit (elle me prend pour un Mogwai ?). Je lui demande pourquoi, elle me répond que je dois être a jeun pour le bloc demain matin.
D'un coup, il me semble qu'un neurone vient de sortir de sa torpeur...
Quel bloc ? dis-je.
On vous pose une sonde double J demain pour soulager le rein. Le calcul se trouve actuellement entre le rein et la vessie et puisque l'urine ne peut passer, le rein est comprimé et c'est lui qui est responsable de la douleur. Si on ne fait rien, vous pouvez perdre votre rein. La sonde double J va dériver l'urine et libérer la pression sur le rein. Bon appétit.
Et elle me laisse face au plateau repas qui vient d'arriver : le festin tant attendu se révèle être bien décevant...

Je ne vois personne pouvant m'en dire plus sur cette intervention avant le lendemain matin, 8h, lorsqu'on apporte le petit déj' à mon voisin de chambre qui m'a fait subir une nuit en pointillé à parler seul, râler à la moindre action, tousser dans des décibels dignes des 24h du Mans :
"Puté, fait chier, merde elle me fait chier cette merde, pourquoi elles veulent pas me laisser des couvertures ?"
"Nanmého, même mon cochon, il voudrait pas manger de cette merde qu'il nous filent à manger, merde, hé, quoi ?!"
"J'ai froid, merde, hé ! nanmého !"

Une odeur de café flotte, pour qui n'aime pas, c'est pénible en soi, pour qui n'aime pas et est fatigué, c'est nauséeux.

On m'informe sur le coup de 9h que comme c'est dimanche, on ne sait pas à quelle heure passera l'anesthésiste (ah ? parce que le dimanche, il n'y a pas d'emploi du temps, les horaires sont libres ?). Je patiente, c'est ce que je fais depuis le début avec une certaine réussite. Je patiente même sous la douche avec ma perfusion qui se remplit de mon sang qui reflue. Je patiente et manque défaillir...

Vers 10h, non seulement j'ai faim, j'ai soif mais en plus je ne peux dormir : le stress, mon voisin qui passe des coups de fils et devient à chacune de ses occasions comme sourd comme un pot (ou alors il ne sait pas que les télécoms ont réalisés de grands progrès en terme de qualité de transmission de la voix depuis 1950 : même s'il chuchotait, on l'entendrait à l'autre bout du couloir... or il hurle le saligot !).

Je profite de sa douche pour utiliser son téléphone et appelle mon frangin, chirurgien urologue de profession (ce qui me convient très bien) et pile à ce moment-là, voilà un médecin qui déboule. Je lui passe le bigophone et les laisse à leur conversation de geek médical, puis aie une explication avec le toubib (que je ne reverrai d'ailleurs plus par la suite) : mon calcul est dans l'uretère, juste avant la vessie (je rappelle qu'aucun nouveau cliché n'a été pris depuis hier au soir lors de mon arrivée aux urgences ? oui ? non ?) et mesure 3 à 4 mm. Intervenir chirurgicalement nécessiterait de m'endormir, que ça se passe bien, qu'il n'y ait pas d'infection ni de choc post-opératoire, etc. Bref, on prend pour moi le parti de me le laisser évacuer par les voies naturelles, si j'étais pas si claqué, j'aurai bien esquissé un petit pas de danse...

Depuis, je passe mon temps à boire, et uriner en espérant ne pas évacuer que du liquide (passionnante activité que de filtrer sa propre urine dans l'espoir de découvrir la pépite libératrice, je me prendrai presque pour un orpailleur, tiens !).

Quand même, je suis un peu bluffé par mon calcul... Imaginez un peu qu'à partir d'un même cliché radiographique et ce en quelques heures, il est passé de 4-5 à 3-4 mm et qu'il a progressé de je ne sais combien de centimètres de l'intérieur du rein à l'entrée de la vessie...
L'est trop fort mon calcul !

Lundi 8h : petit déj... Pain et confiotes en pot. La dernière fois que j'en ai mangé, c'était il y a plus de 25 ans quand je me suis cassé le nez et retrouvé à l'hôpital. Je me souviens de deux choses principalement :

  • mes parents ouvrant la porte de ma chambre, ma mère disant alors à mon père en me regardant bien droit dans les yeux "Ah ben non, il n'est pas là, tu es sûr du numéro de la chambre ?", et la referme : j'avais le visage tellement tuméfié et déformé qu'ils ne m'ont pas reconnu !
  • combien il est difficile de manger, d'avaler du liquide comme du solide quand on se trouve dans l'incapacité de respirer autrement que par la bouche et qu'une broche vous sort de chacune des narine et que l'autre extrémité semble vous chatouiller les amygdales provoquant ainsi un réflexe de déglutition permanent. Essayez pour voir, c'est très rapidement énervant.

Ah la la, souvenirs...

Depuis toujours, j'ai pour habitude de dormir la fenêtre entrouverte, pas tant pour faire baisser la température que pour avoir un peu d'air. Avec les années, je me suis aperçu que je ronflais moins, étais moins sujet aux apnées nocturnes et donc avais un sommeil plus réparateur.
Ayant pour objectif de limiter la durée de mon décrochage au strict nécessaire, je bois le plus possible. J'ai ainsi pu passer une nuit absolument délicieuse à, dans l'ordre :

  • me réveiller parce que mon voisin de chambre ronflait exagérément, je pense que son cochon chéri produit une gamme d'éructations en tous genres moins étendue, ou mettait en route son disque numéro 1 [1]
  • me lever pour évacuer toute cette flotte,
  • prier pour que la saloperie prenne vélocement le même chemin,
  • réouvrir la fenêtre d'un bon centimètre pour la 2ème fois (puis le 3ème, 4ème, 5ème et 6ème fois), mon cochon s'évertuant à la fermer à chaque fois que le disque numéro deux [2] se met en route et l'oblige à se lever et sacrifier aux lois de la nature...
  • me recoucher et tenter de faire abstraction du cochon qui cherche l'air et donne voix à son disque numéro trois [3].

9h30 : visite du médecin du service (en fait c'est le 4ème médecin que je vois, jamais deux fois le même, ils doivent être à usage unique peut-être ?) qui m'annonce ma sortie pour 14h. Soulagement : le cochon reste à l'hôpital, je ne suis pas obligé de le ramener avec moi !

Et me voilà enfin chez moi !

Pour fêter ça, je vais boire un coup de flotte et pisser, tiens... 8-)

Notes

[1] "J'ai froid, il fait trop froid, con. J'ai plus de température, quoi, nonmého ! Elles (les infirmières) font chier avec les couvertures, pourquoi on n'a pas de couvertures la nuit, oh ! J'ai froid, je suis gelé et j'arrive pas à respirer, j'ai froid, elles veulent que j'attrape un microbe pour rester plus longtemps, con ! oh, nonmého ! éh ! quoi ?"

[2] "Et merde, il faut que je me lève, con, pour aller pisser, ça ça fait chier, quoi ?!"

[3] "Puté, j'ai trop chaud, con !"