Sur le coup de midi et demi, il passe chez moi me chercher avec la voiture de son amie et nous nous embarquons pour le périple captivant Toulouse-Bergerac.

Le trajet se passe tendu, lui déblatérant sur l'orgueil du mâle qui veut se prouver qu'il est un mâle car pouvant procréer à couilles rabattues et que lui il a eu quatre enfants qu'il ne désirait pas, et que ses spermatozoïdes sont supers actifs, et que les enfants sont des ingrats car arrivés à l'âge adulte ils le méprisent, et que lui il est super serviable, et que d'ailleurs il me conduit bien aimablement alors qu'il a autre chose à faire mais qu'il me "considère comme un frère" (notons que le dernier qui m'ait dit ça était mon oncle pour qui j'ai bossé pendant 11 ans avant qu'il ne me licencie abusivement, ça aurait donc dû me mettre la puce, sinon autre chose de moins piquant, à l'oreille) "et que jamais, ô grand jamais, il ne me fera un coup de pute" et que il se demande "c'est quoi ton problème mon gars brol car t'es intelligent ?"...

Et moi, lui rappelant que la file de droite n'est pas adaptée pour ceux qui ont l'envie (que je n'avais pas) de rouler à 160km/h, qu'il n'est peut-être pas non plus utile de faire du 60km/h sur la file de gauche, en freinant on ne sait pas pourquoi, surtout quand des automobilistes aimeraient bien le doubler ("j'emmerde les autres conducteurs, moi je suis un mec très prudent, je ne fais confiance à personne quand je conduis et d'ailleurs je les emmerde tous car que penser, sinon du mal, de mecs qui doublent si ce n'est que pour prouver qu'ils en sont capables, l'instrumentalisation de la voiture comme objet de pouvoir, mais moi je m'en fous car j'ai des spermatozoïdes qui sont supers" m'a-t-il dit 27 ou 89 fois, je ne sais plus, un moment d'absence impardonnable, j'en conviens), que la voie du milieu est normalement faite pour y rouler entre les deux bandes blanches pointillées et non à cheval de l'une ou de l'autre au gré de son envie de baisser la vitre de son côté ou de monter le son de l'auto-radio..., que la glissière de sécurité à gauche de la file de gauche produit de jolies étincelles lorsqu'elle rencontre une automobile lancée à 140km/h mais n'est vraisemblablement pas faite pour ça...

Au péage de Marmande, je suis descendu de voiture pour mettre le carton de péage dans la fente et mettre la carte bleue dans le bon truc sinon je pense que nous y serions encore.

Tant bien que mal nous nous rapprochons du lieu de notre séparation, mais j'anticipe...

En plein centre ville de Marmande, donc, ayant passé le commissariat de police nous tamponnons allègrement une voiture qui a stoppé à un passage piéton doublé d'un feu rouge fort de nos 20km/h ("car moi je roule super prudemment, surtout en ville car y a que des dingues en ville"... évidemment !).

Nous sortons donc du véhicule, enfin il sort, je coupe le contact, mets le frein à main et embarque les clés, puis le rejoins...
Le gus tamponné sort à son tour et ça commence à discutailler...
Je regarde alternativement ma montre et mon gros CONNARD de chauffeur...
Le gus tamponné commence à sortir un formulaire de constat, jauge convenablement mon CONNARD de chauffeur et a dû se dire "mon bonhomme tu vas douiller sévère"...
Le voilà qui marque sur le constat que le pare-choc doit être refait, que les longerons sont foutus, etc. (en réalité, si il y a un achat à faire c'est un pot de peinture gros comme un dé à coudre, mais bon) bien évidemment mon gros CONNARD commence à s'emporter et traite le gus tamponné de "casse-couille", de "chieur" et dit qu'il refuse de signer sa "merde"... ce qui, on s'en doute, n'assouplit pas sensiblement l'atmosphère déjà un peu pesante...
Le ton monte...
Le gus tamponné s'en tamponne et compose le 17...
Ô hasard de cette journée si zen, une voiture de la police municipale passant par là s'arrête afin de voir qui fout tout ce bordel (gros bouchon derrière la voiture de mon gros CONNARD arrêté comme de bien entendu à cheval sur la ligne blanche, ne changeons pas les bonnes habitudes, une amélioration pourrait survenir sans crier gare (que j'allais chercher plus tard, mais nous nous éloignons...) et comme nous le constatons : un accident est si vite arrivé !
Après moult parolages entre mon gros CONNARD, son tamponné de frais et la force publique municipale, nous parvenons gaillardement à l'épreuve tant attendue : le ballon... "allez Monsieur, soufflez, soufflez, soufflez"...
Ah ben ouais c'est positif...
Je vous passe les détails pour faire admettre à mon gros CONNARD qu'il serait assez gentil d'arrêter de jouer à son rôle favori de gros CONNARD car là ma patience atteint sa limite, alors il va rentrer dans la voiture des gentils messieurs en bleu de la police nationale qui viennent de prendre le relais des autres municipaux et que la visite du commissariat de Marmande devient incontournable (durée approximative de ce passage 20 minutes).

Au commissariat, il lui est demandé de souffler dans la machine qui va nous donner son taux d'alcoolémie gazeuse, et nous voilà repartis 30 minutes plus tôt avec "allez Monsieur, soufflez, soufflez, soufflez"...
Au bout de la quatrième tentative infructueuse et une simulation de crise d'asthme (je dis simulation car mon épouse à moi que j'ai est asthmatique, elle ! et entre ce grand moment de théâtre que je subventionnais et une crise d'asthme réelle, il y a un gouffre dans lequel mon gros CONNARD ne ferait même pas bouchon !) nous nous heurtons violemment à un semi-succès de 1.82g, qu'il nous faut multiplier par deux afin de connaître approximativement le taux sanguin...
Eh bé !
Soit, un bon gros 3.64g dans le sang, après 3-4 heures de route sans réalimentation de la pompe à alcool, faut-il le préciser ?
Et voilà mon gros CONNARD qui commence à réaliser l'ampleur de sa connerie... "je veux voir mon avocat, je veux sortir d'ici, vous me cassez les couilles (décidément c'est un truc important chez lui !), vous me faites chier, bande de connards de flics, je connais mes droits"...
Je lève les yeux au ciel, préfère éviter de croiser le regard d'un agent et me mets à observer avec attention, si ce n'est intérêt, la serviette éponge dégoulinante de flotte en train de sécher sur le radiateur.
Un policier me demande qui je suis, j'explique, et on me répond que je peux partir.
Là-dessus, voilà mon gros CONNARD qui remet à faire du scandale, les policiers commencent de leur côté à le trouver un peu bruyant et se mettent à trois (mon gros CONNARD étant passablement corpulent, la bière y étant à mon avis pour beaucoup) pour le trainer en cellule de dégrisement, mon gros CONNARD se débat, sa tête donne de la bande dans une porte, cris, sang, pleurs, le voilà enfin en cellule puis se calme et aux dernières nouvelles y a fait un gros dodo...
De mon côté, j'ai quitté le commissariat l'air un peu tendu-énervé-putain-quel-sale-con sur les 16h, je ne suis pas parvenu à Bergerac puisque la liaison Marmande-Bergerac passe obligatoirement par Bordeaux et que le trajet que j'aurai pu prendre partait vers 17h pour finir sur les 20h à Bergerac avec pas de train pour rentrer sur Toulouse, donc je me suis rabattu sur le 18h06 pour Toulouse en espérant très fort que le groupe AZF (qui sévissait à l'époque) aille s'occuper ailleurs car là j'en ai marre.

Après 2h d'attente dans la gare (glaciale, laide et sentant le tabac froid) de Marmande, avoir tenté de m'occuper comme je le pouvais (acquisition du dernier numéro du Canard Enchaîné ; appel énervé à la compagne de mon gros POIVROT pour l'informer que son gros CONNARD de compagnon est en cellule de dégrisement à Marmande et qu'elle ferait bien de le laisser là-bas cuver ses pastis histoire de lui faire comprendre qu'il a un peu dépassé les bornes et qui s'est répandue en excuses durant un bon quart d'heure ; personnellement je la plains), j'eus la joie de voir apparaître 10 bonnes minutes avant l'entrée en gare de mon train le numéro du quai où ce dernier devait se ranger (Marmande a tout de même 4 quais et 6 voies !)...
Je me suis donc levé, ai croisé le regard des policiers municipaux arrivés quelques minutes plus tôt faire leur ronde tchoutchouette dans la gare (eu à ce moment-là le vague sentiment d'être accompagné jusqu'à la limite de la ville, tel un indésirable), ai composté mon billet à l'unique trouilloteuse en état de marche, la seconde étant artistiquement tagué d'un splendide "FUCK" rose et me suis dépéché de rejoindre le quai 2 voie 2.
Au moment où je suis sorti du passage souterrain, deux trains se sont croisés de part et d'autre du quai n°2 large de 3 bons mètres et divisé équitablement par une très jolie ligne jaune poussin, ligne qui délimite normalement le seuil de sécurité au-delà duquel il est conseillé de se tenir lors du passage d'un train sans arrêt...
Je vous laisse visualiser en paix ce petit détail.
Ceci étant, je crois bien que c'est à ce moment-là que j'ai attrapé froid... Je dois également préciser que la voie 1 est partagée par le quai n° 1 et le n° 2, et que cette voie est alternativement mise en rapport avec le quai n° 1 et le n° 2 (aspect qui peut, à mon avis mais il va sans dire que l'on ne me l'a pas demandé, prêter à confusion).
18h04 "le train à destination de Bordeaux va entrer en gare voie 1 quai n° 2, il dessert les gares de..., veuillez vous reculer de la bordure du quai".
18h05 "le train à destination de Toulouse va entrer en gare voie 2 quai n° 2, il dessert les gares de..., Agen, ... Montauban et Toulouse, les passagers devant continuer jusqu'à Toulouse doivent aller dans les voitures de queue, les quatre premières voitures restent en gare d'Agen (allons bon ?), veuillez vous reculer de la bordure du quai (oui mais où ? y a l'autre qui arrive, là... !)". je me cale donc dos à un pilier et attends.
Les tchoutchous arrivent, grincent, freinent et se stabilisent et là je me demande "mais où est la voie 2 ?".

Quelques temps plus tard, j'ai eu des nouvelles de mon GROS CONNARD DE POIVROT : il s'est donc fait condamner à une suspension de permis de conduire pour un an et n'a pas eu d'amende car insolvable...
La veille de son départ pour les îles grecques, mon GROS POIVROT s'est levé dans la nuit pour aller se chercher un verre d'eau à la cuisine et a raté la marche de l'escalier, mon GROS POIVROT s'en est retrouvé tout disloqué au bas des marches, le col du fémur cassé.
Depuis, il est à l'hôpital où il suit un régime sans alcool...

30-03-04